Nous sommes tous, au fond, des êtres sauvages. Une force considérable gît, inemployée, dans cette sauvagerie. Devenir, enfin, un être entier. Pour cela, civiliser le sauvage, ensauvager le civilisé. Et disposer de toutes les forces que recèle notre nature : la sauvage, et la civilisée.

Henri Gougaud

Une forêt mystérieuse, un marais dans lequel est tapi un homme sauvage. Capturé, il est mis en cage dans la cour du palais du Roi. Le prince, âgé de 8 ans le libère et l’accompagne dans la forêt. Après quelques jours passés ensemble, l’homme sauvage pousse le prince à parcourir le vaste monde, pour qu’il apprenne à devenir un homme complet. Il deviendra ainsi tour à tour aide-cuisinier, jardinier, chevalier, livrera bataille, gagnera des tournois et finalement obtiendra la main d’une princesse. Le jeune homme devient ainsi un véritable prince, non par sa seule lignée, mais par ce qu’il a accompli, avec l’aide de l’homme sauvage et grâce aux qualités que seule l’expérience de la vie pouvait lui révéler.

D’après l’analyse de Robert Bly, le conte Jean de Fer des frères Grimm raconte comment redevenir – selon l’expression d’Henri Gougaud – “un être entier”, comment retrouver en nous cet équilibre entre nos parts sauvage et civilisée. Il s’agit donc de l’initiation d’un jeune garçon par un homme sauvage, du passage progressif de l’état de garçon à celui d’homme, sous la conduite de ce mystérieux mentor à travers différentes épreuves initiatiques. Mais c’est aussi la transformation de l’homme sauvage, qui progressivement, de par sa relation avec le jeune prince, passera d’une sauvagerie stérile, négative et même meurtrière (parce que non reconnue par une civilisation factice et rigide) à une énergie vitale enfin canalisée. Cette histoire est la clé de voûte du spectacle, la source qui coule à travers les mots du conteur, et qu’irriguent aussi les rythmes et les chants du musicien.

Intention de l’auteur-interprète

Depuis quelques années, une question me taraude : comment devient-on un homme aujourd’hui ? Dans les sociétés traditionnelles, il existait généralement un ensemble de rites de passages et d’épreuves qui marquaient symboliquement la bascule de l’enfance à l’adolescence, puis à l’âge adulte. Qu’en est-il de notre société moderne ? La question peut paraître naïve mais je pense qu’elle n’est pas étrangère au malaise des hommes d’aujourd’hui et au sentiment parfois éprouvé de vivre dans une société de grands enfants irresponsables…

En participant à un stage intitulé Contes, chemins de vie et de sagesse, animé par le conteur et écrivain Henri Gougaud, je lui ai parlé de ce désir d’aborder le thème de l’initiation que l’on rencontre souvent dans les contes. Il m’a conseillé de lire le livre L’homme sauvage et l’enfant de Robert Bly. Ce livre m’a beaucoup touché car depuis l’adolescence, j’avais cherché de manière confuse et dans différentes directions un chemin initiatique pour devenir un homme et me connecter avec les profondeurs de mon être, pour aller rencontrer l’homme sauvage qui sommeillait en moi. Je pressentais en lui, en moi, la source d’une grande énergie vitale, mais je n’osais pas vraiment aller le rencontrer, peut-être par peur qu’il me dévore, qu’il me dépasse…

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