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RÉSIDENCE | 12.06 > 07.07

Collage | Habeas Corpus Compagnie

Dans une tentative d’approche de ce que "pourrait être" le cirque dans son rapport à la performance, aspirant ainsi à découvrir de nouvelles voies, la compagnie flirte avec la transdisciplinarité. "Collage" est un processus de recherche, d’expérimentation qui vise l’écriture d’un solo à partir de la création de l’auteur Laurence Vielle, la collecte de témoignages sonores et visuels sur le monde du travail, la création de maquettes et d’animations vidéo. Au centre de ceci : le thème de la souffrance au travail.
En résidence du 12.06 au 07.07.2017
Théâtre physique et performance indoor - littérature - vidéo - art de la maquette
à partir de 10 ans
environ 50 min



Distribution :

Auteur, interprète : Julien Fournier
Regard extérieur : Lara Barsacq
Texte : Laurence Vielle
Création sonore : Raphaël Dodemont
Création lumière : Arié Van Egmond
Mécaniques vidéo : Yannick Jacquet
Maquettes, dessins, animations : Julien Fournier en collaboration avec Fred Penelle


Habeas Corpus

Le nom choisi par la compagnie fait acte de sa démarche artistique : il donne au corps une position centrale en tant que véhicule créateur d’expression, d’espace de liberté, de revendication, d’étrangeté et de beauté.

"Collage", un projet cirque avant tout mais pas que...

Cette création est le second projet en tant qu’auteur de Julien Fournier, fondateur de la compagnie. La recherche s’inscrit dans la continuité de «  Reverso », s’appuyant cette fois sur le texte et assumant une prise de parole dans un spectacle de cirque. L’aspect transdisciplinaire est poussé ici encore plus loin. Par le biais des rencontres, avec l’auteur Laurence Vielle, les plasticiens et vidéastes Fred Penelle, Yannick Jacquet et Arié Van Egmond.
Une attention particulière est portée à l’écriture en amont et à une recherche de plus en plus fouillée.
Le spectacle s’inspire de la technique du collage utilisée par Max Ernst, les dadaïstes et les surréalistes, pour "mettre ensemble", associer des matières peu semblables à la découverte d’un langage moins usité et plus universel.

Dès 1916, les dadaïstes, portés par un dégoût profond pour la guerre, développent cette idée d’un retour à l’individu qui pense par lui même et s’extrait d’une culture bien pensante et bourgeoise reliée aux massacres de la guerre.
"Rappeler qu’il y a, au-delà de la guerre et des patries, des hommes indépendants qui vivent d’autres idéaux " (H. Ball). Comme l’indique le Manifeste Dada 1918 de Tzara, il s’agit de " balayer, nettoyer", pour repartir sur des bases nouvelles et plus humaines.
Notre projet tente de s’emparer d’un phénomène de société - la souffrance au travail - par le biais de témoignages et du texte poétique, avec cette envie de replacer l’individu au centre et d’utiliser un langage proche du "collage", peu expérimenté dans le domaine du cirque.

Intentions d'un projet multiforme

Mettre en confrontation les matières et voir comment elles entrent en résonance. Explorer un nouveau langage, découvrir, innover. Apprécier l’émergence de similitudes. Outre la place prépondérante des témoignages visuels et sonores donnant au projet une dimension documentaire forte, nous souhaitons y confronter la voix poétique de Laurence Vielle et basculer ainsi vers une parole plus imagée, artistique, tout à la fois simple et universelle.
Parmi les mots, le parcours physique d’un personnage livré à lui même et contraint par son environnement s’élabore en écho avec le thème.
La conception de maquettes participe d’un univers visuel en construction et d’une virtuosité du peu, elle se fonde sur une recherche autour des objets liés à l’individu, des modes de structuration et d’organisation (architecture, urbanisme, règles du jeu...). La réalisation de dessins grandeur nature et d’animations constitue le second volet «plastique» du projet, il est mis en œuvre par Julien Fournier, en lien avec Fred Penelle (Ecole des Arts d’Ixelles).
La création vidéo vient complèter ce projet polymorphe via la collaboration avec Yannick Jacquet et ses mécaniques discursives.

  •  la recherche physique et circassienne autour de la scénographie et du plan incliné
  • l’écriture de texte de Laurence Vielle
  • le travail de conception de maquettes, de "monde miniature" et le développement de physicalité en lien avec leur mise en place et leur évitement (travail autour de la virtuosité du peu)
  • le travail vidéo et sonore
  • la création d’animations à partir de dessins grandeur nature qui s’inspirent de mouvements ou de physicalités reprises dans la pièce. 

Tous ces aspects correspondent à des intuitions de travail, consécutives d’un long processus, et trouvent leur validité dans le potentiel de résonance qu’ils entretiennent les uns avec les autres. La scénographie, par exemple, dialogue avec la thématique de la souffrance au travail. Elle contraint le personnage dans son espace de jeu comme un employé peut l’être dans son entreprise, elle le met à l’épreuve dans sa capacité à réagir, s’adapter, penser ce qui lui arrive, et met sa propre place en doute. De même, les objets en provenance du plafond donnent à la fois une sensation de danger, d’effondrement et de narration trop rapide pour son personnage.

La souffrance / l’épanouissement au travail

Quoi de plus universel que le travail ? Nous y passons la majeure partie de notre existence. Si le travail ne génère pas une forme d’épanouissement, se posent pour tout un chacun des questions d’ordre philosophique et de choix de vie. Avec «Collage», nous souhaitons aborder cette thématique via la collecte de témoignages, ces derniers constituant une façon universelle de s’emparer de phénomènes de société sans les instrumentaliser mais aussi de replacer l’homme au cœur de nos préoccupations.

Le témoignage pris pour point de départ est celui de Catherine Fournier (sœur de Julien), anciennement directrice de la mobilité en région Bourgogne (Fr). Elle y relate les systèmes mis en place pour déshumaniser les relations entre les individus, asseoir l’autorité hiérarchique et amener les employés à vivre une relation de subordination humiliante, écartant volontairement les notions de bien-être et d’épanouissement, induisant les notions de "chosification" de l’individu et de perte de sens.

Par la suite, nous souhaitons élargir le champ et collecter d’autres paroles en lien avec le "burn out", partir à la rencontre de gardiens de prison (Saint-Gilles ou Forest) et recherchons d’autres témoignages sur le monde du travail, qu’ils soient positifs ou négatifs mais qui présentent un intérêt particulier ou mettent en lumière des pratiques inattendues ou cachées. Plus largement, tout au cours de notre processus, nous collectons des textes ou des interventions de philosophes, sociologues, etc. qui évoquent l’épanouissement ou les conditions d’épanouissement de l’individu. (ex : Cynthia Fleury).

Laurence Vielle :
" (...) Mais oui, il s’agirait de nous engager, corps et mots et images
pour dire qu’il y a ceux qui souffrent de ne pas travailler
ceux qui souffrent d’avoir rongé leur vie comme un os en travaillant tellement trop en dépit du souffle vital et essentiel à leur vie intime
que ce monde du travail et du rendement et du capital et de la surconsommation
est malade
l’homme y est marchandise
le sens est perdu"